Bunny, Clyde and the drunken king, 2012. #showlapin
Découragé aux cloches, 2012.
Rue Ontario. C’est là que le quartier commence. Sous le pont. Le pont, il donne son grand coup d’aile plus loin encore, au-dessus du fleuve. Et avant de s’envoler, il écrase. Il enfonce ses piliers dans les cours. Il crève les toits. En dessous, ça grouille. Ça grouille comme dans un bouillon surchauffé aux énormes grumeaux. Tu vois, il n’y a pas d’arbres. Ça grouille accroché aux piliers de béton. Lorsque nous étions enfants, il nous fallait grimper à ces colonnes débonnaires. L’une d’elles passait à un pied de la fenêtre de la pièce où nous dormions. Que de fois avons-nous tenté l’escalade! Mais nous n’allions jamais très haut. Nous ne pouvions percer le haut-fourneau de misère, échapper à cette métallurgie désespérée. Aucun gars du quartier n’a réussi à grimper jusqu’à la large route, en haut, afin que le pont l’emporte dans son grand coup d’aile.
Les maisons de ton quartier sont si grandes que jamais personne ne descend dans la rue. Que ferait-on dans la rue? Et d’ailleurs, ce ne serait pas une vraie rue. Tout au plus un couloir d’hôtel respectable où les gens se saoulent discrètement derrière leur porte. Dans une rue, les enfants jouent, se battent, braillent, les ivrognes titubent, les mères gueulent, les hommes sacrent, les gars pelotent les filles, les piétons se font renverser par les autos, les gens regardent passer les gens. Comme ici. Bien sûr, il n’y a pas d’arbres. Mais si tu savais la douceur de ce quartier les soirs de mai. Les briques luisent. Les maisons toutes petites n’en peuvent plus: elles vomissent leur monde, comme ça, dans la rue. C’est tiède. Il n’y a pas d’arbres, mais les seins des filles se mettent à pousser, les terrains vagues aidant. Ça vaut bien les bourgeons…
"chiffons
Sur les ruines d’Hochelaga, un coin pour les enfants a été aménagé. Rue Ontario, aux abords des rails disparus de la place Simon-Valois, des hommes et des femmes de soie, de coton et de laine ont pensé à tout. Vous y trouverez un buffet gratuit, une friperie gratuite, de la musique, un kiosque d’information.
Monsieur Lénine (ébauche)
Marchant rue Ontario, Monsieur Lénine, avec sa canne, sa casquette d’ouvrier et sa barbiche, m’accoste. « C’est votre premier enfant? » qu’il fait, désignant Petite Loutre, qui se laisse trimballer dans le porte-bébé. Je lui réponds par l’affirmative alors que, s’ajustant aux accélérations et ralentissements de mes pas, il se met à me raconter des pans de sa vie. « Vous savez, j’ai eu trois enfants… L’un d’eux, mon fils, est mort, à vingt ans, la veille de Noël… Une double embolie pulmonaire, c’est foudroyant… Ma fille, elle, fait de hautes études en ‘laboratoire’… » Monsieur Lénine brandit sa canne devant lui et nous nous retrouvons rue La Fontaine. Il m’explique que nous croiserons quelque chose de merveilleux : « Voyez cet arbuste, tout juste à côté de l’escalier, c’est un cognassier. Son fruit est le coing… Prenez en un, bien qu’il ne soit pas mûr. Vous pourrez le montrer à votre épouse! » Plus loin, un if, dont le fruit toxique…










