#dérive #fieldtrip / Il avait la gorge serrée, la musique nouée aux genoux. / Life in a Pod XVIII, 2012.
Seringue et boîte athée, 2012. Crédits photo: @Kev_Co. Assemblage par @bbordeleau dans la #ruellelarivée, #Hochelaga, #dérive. Série Le chiffonnier, 2 de …
Les murs révolutionaires d’#hochelaga ont rencontré le slogan révolutionnaire de Joëlle Gauthier. #citationsauvage #dérive
27. Spark
[Série 1. Suite de Silence.]

Chère Lady W.,
Une apostrophe, j’en ai si peu l’habitude, mais il me semble que le ton de mes gribouillis de carnets, ces dernières semaines, tendait vers cela. Non pas une adresse à toi, mais à un destinataire intérieur dont tu pourrais très bien vêtir les habits.
« Tout a été découvert, il n’y a que dans les régions de la quotidienneté qu’il reste des terres vierges [1]», écrit Stanislaw Jerzy Lec. Je me satisfais de peu, même que la routine a quelque chose de charmant si l’on veut bien arrêter de la considérer péjorativement : après tout, c’est une route (rupta) qui mérite d’être entretenue. Établir avec la routine un dialogue pour qu’elle ne devienne pas trop cahoteuse, qu’elle conserve ses repères et qu’ils soient déplacés au besoin. Je ne suis pas voyageur, mais je suppose qu’il est possible de le faire autour de la maison, si l’on s’en donne la peine.
Le printemps a débarrassé les trottoirs des scories de l’hiver, des crampons et des scrouches-scrouches du pas à pas et cela au profit du sable et de la poussière. J’attends déjà que les tumbleweeds et les dust bunnies du quartier prennent le relais. Hochelaga, il faut le dire, est un Wild West in the East ainsi que le dessous d’un lit d’enfant. Hochelaga a été et reste pour moi un lieu de découvertes; c’est aussi un espace peuplé de jouets et de monstres, un endroit où se cacher.
* * *
Il y a quelque temps, je suis tombé sur ces jolis mots de Handke, tirés d’Hier en chemin, où il compare la marche à un empilement de quiétude. À ces mots, il me faut croire qu’Hochelaga est devenu le quartier de mes inquiétudes, car ce quartier, je le marche. À l’instar de Bruce Bégout, il me faudrait dire : « Je ne me soucie pas du monde au sens où le monde est ce qui va permettre d’apaiser ce souci, mais je me soucie du monde au sens où je me fais du souci pour le monde, où le monde est pour moi quelque chose qui m’intrigue et me préoccupe. [2]»
Beau mot que souci. « Remuer fortement » rappelle l’étymologie. Mais c’est aussi le solsequia, le tournesol. J’imagine qu’il y a dans mes déambulations quotidiennes une intention de tourner les pierres d’Hochelaga et d’y trouver un peu de soleil : c’est aussi parier, chaque fois, que je peux encore être remué intérieurement, que je ne suis pas devenu insensible. Je ne veux pas préserver la mémoire du quartier. Je ne suis pas historien, mais un dilettante amoureux qui a peur de cesser, un jour, de s’étonner.
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Le printemps a débarrassé les trottoirs des scories de l’hiver et m’a extirpé d’une dépression saisonnière à l’égard de laquelle je suis resté aveugle. Le revendeur de shit, qui faisait aussi dans le recel, a quitté le bloc. La salle de bain n’a désormais plus son odeur caractéristique de pot et de pâté chinois. Avant-hier, on a étendu une première cordée de draps dans la ruelle. Hier, Darth Vader a fait danser les flammes dans son Hibachi. Aujourd’hui, le ferrailleur du bloc d’à-côté a repris ses activités : la ruelle est devenue un carillon de cop, d’aluminium, de verre et de toux grasse.
Je me demande parfois, chère V., ce qui fait que je me sens chez moi, dans ce quartier. Tout récemment, en marchant dans Rosemont, j’ai lancé à Cordeau que son quartier était vide alors qu’Hochelaga était plein. Or, pourquoi avoir dit cette absurdité? Le soir venu, j’ai compris qu’Hochelaga m’apparaît plein car il l’est de mes habitudes et, à force de m’y frotter les semelles, j’ai érigé un monticule de quiétude sur lequel grimper. Un point de référence à partir duquel mon regard de myope porte un peu plus loin, au-delà du no man’s land du parc Frontenac et du Café de la fin du monde qui répand son odeur sucrée jusqu’aux portes de la station de métro. C’est ce quartier que j’ai choisi pour ressentir ma propre durée [3], mais aussi pour garder féconde cette capacité fuyante qu’est le bonheur. Ici, c’est chez moi jusqu’à nouvel ordre. D’ailleurs, c’est peut-être cette absence d’ordre qui me charme.
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Aujourd’hui, accompagné de La Darling et de Petite Loutre, j’ai jasé avec Cathy. Le beau temps lui fait visiblement du bien – malgré ce que le mascara accumulé sur ses joues peut laisser croire. Elle m’a confié que les Travaux, « avec une majuscule », dit-elle, ont repris dans son logement. Les notes du Traveller de Chris de Burgh coulaient de la porte entr’ouverte. Un cendrier de verre, plein à craquer, retenait quant à lui la fenêtre guillotine. Avant de nous quitter, elle a lancé : « En tout cas, c’est fou comme elle babiole, votre fille! » Sur le coup, l’erreur m’a fait sourire, mais à l’heure d’écrire ces lignes, je n’ai pu qu’imaginer des bibelots brisés sortis des langues de l’enfance.
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[1] Stanislaw Jerzy Lec (2000) Nouvelles pensées échevelées, trad. du polonais par André et Zofia Kozimor, préf. de Francesco M. Cataluccio, Payot & Rivages, Paris, p. 108.
[2] Bruce Bégout (2005) La découverte du quotidien, Éditions Allia, Paris, p. 100-101.
[3] « Le pourtour ampute, certes, mais pour mieux incruster, et ce qu’un moi (ou un nous) perd en superficie, il le gagne en durée. » Régis Debray (2010) Éloge des frontières, Gallimard, coll. « NRF », Paris, p. 36.
Découragé aux cloches, 2012.
L’improbable page 8.
L’improbable page 88. (Ritournelle, ritournelle, ritournelle).
on attend que le temps passe
[Série 6. Suite de Vieillesse oblige.]
Chaque matin, je passe devant La Pataterie après avoir remonté la rue Bourbonnière. Chaque matin, c’est le même scénario ou presque qui se joue derrière une vitrine annonçant les hot-dogs steamés à 89 sous, les cinq trios, le cheeseburger double bacon… Des vieux, seuls, en tête à tête avec le Journal de Montréal ou La Presse – rarement autre chose – qui laissent refroidir leur café dans une tasse de styromousse. Malgré la chaleur qui règne à l’intérieur, ils gardent leur manteau, jamais bien épais, serti de mains grises et calleuses au bout de manches à rebords jaunis.
Une femme, du bout des doigts, retient son visage. Une circulaire sous les coudes. À ses pieds, un sac de toile rempli de canettes, de bouteilles et de sacs de plastiques. Le comptoir est à peine perceptible de l’extérieur. Une ombre appuyée sur la caisse, vers la gauche. À l’autre extrémité, une ombre en uniforme qui, sans doute, gratte une plaque de cuisson. Dans cette boîte de verre, d’huile et de brique, rue Ontario, on attend midi – on attend que le temps passe.

La convenance veut, le midi, qu’on reste le temps de son repas et qu’ensuite on reparte, sans toutefois trop se hâter, après avoir laissé sa place en bonne et due forme : avec le sourire.
Les rares fois où je suis entré chez Go-Jo, comme certains l’appellent encore, c’est toute la rue qui s’y engouffre et, avec elle, une familiarité propre à tout le quartier.
S’entassent les employés de la Caisse populaire, du commis au planificateur financier, des hommes et des femmes aux vêtements usés, accompagnés de leurs enfants, un jour de semaine, des adolescents encore gamins du cégep de Maisonneuve scotchés à leur cellulaire, qui oscillent entre boutades, textos et french kisses, le guichet automatique, travailleurs de la ville venus réparer un carré d’asphalte à deux coins de rues d’ici, des employés de la fruiterie, de la confiserie et de l’épicerie, la murale représentant le Stade au milieu d’un paysage tropical, des silhouettes nonchalantes en mal d’exotisme local, deux bambins à l’habit de neige trop grand pour qu’il fasse encore l’hiver prochain. À ma droite, une cinquantenaire précoce gratte son coupon de caisse en murmurant : « Trois cennes de trop, trois cennes noires de trop d’Christ. Efface les décimales, Jimmy. » Sur chacun de ses sept ongles rongés, une couleur de vernis différente. Un gamin rit de l’imitation de babouin boudeur que fait son père. Contre le cadre de porte des toilettes, deux béquilles à l’équilibre précaire.
Un couple âgé, assis à la table près de l’entrée, partage un casseau de frites. Aucun mot n’est échangé sinon un regard de temps à autres, entre une bouchée et deux gorgées de Pepsi. Entre eux deux, une amitié qui a survécu à l’habitude de l’amour. Elle et lui prennent leur temps, ne justifient pas l’espace qu’ils prennent. La dame fouille dans la poche intérieure de son manteau blanc cassé après avoir dénoué son foulard de soie rose. Entre le pouce et l’index elle tient un mouchoir – puis essuie une trace de ketchup sur la joue de son homme. Sans un mot, elle range le bout de tissu, prend une autre frite dans le casseau. Il se risque : « As-tu eu des nouvelles de Vincent, Simone? »
Un gaillard, bouille ronde et l’air gêné, met sa grande main sur mon épaule : « S’cuse-moi, ça te dérange si j’m’assois à ta table? » – « Pas de souci, l’ami, j’étais sur mon départ. Installe-toi. » Je lui ai laissé ma place, en bonne et due forme.
Les nouvelles règles de la Dérive
Soumis par Victoria Welby le 18 décembre 2011, 15:49 (source)
Nouvelles règles pour la Dérive.
- Les nouveaux textes peuvent être rattachés à l’un ou l’autre des embranchements existants;
- Un nouvel embranchement (une nouvelle série) ne peut être créé que si tous les embranchements existants ont déjà reçu au moins une réponse;
- On ne peut répondre à son propre texte;
- On indique, entre crochets [], au début du texte, l’embranchement auquel ce texte se rattache ou la nouvelle série ainsi lancée.
- Quiconque souhaite participer aux dérives n’a qu’à faire connaître sa contribution afin qu’elle soit répertoriée ici et là;
- Les billets de cette expérience d’écriture à plusieurs mains doivent être tagués dérive ainsi que série [insérer le numéro de la série];
- Les règles peuvent être modifiées à tout moment, sans préavis.
Tout ceci ne modifie en rien les échanges qui ont lieu dans Twitter ou à l’UQAM dans les enveloppes brunes. Les apartés demeurent possibles.
Cathy rénovée
« La ville des économistes ou des géographes ou des cartographes et des urbanistes n’effacera jamais de mon horizon la ville perçue, comme l’on biffe une malencontreuse erreur ou comme un fantôme se dissipe avec le lever du soleil. Car la ville que je rencontre, que je traverse se donne à moi d’une façon fragmentaire et sur le mode de la succession; elle n’aura jamais la transparence d’un concept. »
- Pierre Sansot. 1986. Les formes sensibles de la vie sociale. Coll. « La politique éclatée ». Paris: PUF, p. 44.

Cathy, rénovée, offre ses corps de plastique à qui voudra bien les louer. De l’autre côté de la rue qui a des airs de tranchée depuis des mois, une fillette qui tient vente de garage, crie à l’endroit des passants : « Madame, monsieur, qu’est-ce que vous allez acheter? Faites votre choix! » De la porte d’un dépanneur, une discussion tout en ruptures : « Pis, qu’est-ce qu’elle t’a fait, finalement? … Ça te fait trois et soixante, mon chum. » - « Ben là, elle m’a sucé! » - « Ça sera tout, monsieur? Deux et quinze. Me semble ben, oui! Défoncé comme t’était! T’as dû être aussi mou qu’une réglisse noire! » - « Tu sais quoi, Jim? » - « Cinq et dix-neuf. Bonne journée! » - « Fuck you. » - « Je te le souhaite à toi aussi! Ha! »

Un type au jean parsemé de studs et au chandail Tapout défraîchi s’agite autour d’une femme. La poitrine forte, la voix assurée, le crâne rasée. « C’est pas par rapport à toi, Steve. » - « Si c’est pas moi, pourquoi tu te pousses de même, crisse! » Il marche de grands cercles, passant du trottoir à la rue, et d’un trottoir à l’autre, en sacrant contre les automobilistes qui klaxonnent à son passage. Il entre dans une ruelle pour ensuite en ressortir. Le manège recommence une dizaine de fois avant de se terminer dans la proximité de deux solitudes enragées – mais silencieuses.

Au marché Metro, ce samedi matin-là, neuf clients sur dix étaient des hommes seuls ou célibataires. Au menu, des boîtes de Corn Flakes, des sacs de pain Bon Matin, des cartons de deux litres de lait (3.25%), des regards inquiets. Un homme maigrelet qui, pendu à son téléphone cellulaire (fait à noter que les technologies sans-fil ne nous permettent plus de nous pendre comme avant au téléphone), demande à sa Gaétanne si elle préfère son beurre de peanuts croquant, original ou léger. Un excentrique qui s’extasie devant des fruits pas si extraordinaires que ça : « M’avez-vous vu la grosseur de c’t’hostie d’mangue-là? Non, mais han! Depuis quand c’qu’on importe des bananes transgenres dans des sacs de plastique? Pis icitte c’est le Klondike du kiwi! Sainte-Cathy, priez pour nous avec des Jelly beans! »

Sur le terre-plein de l’avenue Morgan, un couple frais d’emballement hormonal s’improvise un pique-nique : pinot gris, gruyère de grotte, coutellerie d’hydrocarbures, petits pains kaiser aux oignons, charcuterie pâlotte indéfinissable mais fraîche du marché, roquette, olives fourrées d’ail. Comment dit-on, déjà. Un clash?
Dérives: nouvelles règles, nouvelle joueuse
Les règles qui régissent les dérives sont simples:
1) Les billets de cette expérience d’écriture doivent être tagués dérive ainsi que série [insérer le numéro de la série].
2) Chaque série comporte dorénavant 9 billets (composés de textes, photos, sons, etc.) glanés dans le quartier ou lors des déplacements quotidiens des participants. À une contribution principale suit une contribution brève de chacun des deux autres participants, susceptibles de réorienter le prochain billet (voir schéma ci-dessous).
3) La série 5 débute avec la dérive 4.8., soit la rature vive.
4) Le nombre total de séries est indéterminé.
5) Les règles peuvent être modifiées à tout moment, sans préavis, par l’un des participants réguliers: Victoria Welby, Benoit Bordeleau, Alice van der Klei.
Note: les dérives Twitter suivent toujours leur cours sous le hashtag #dérive. Les apartés sont toujours possibles, voire encouragés.

la rature vive
Ce matin, rue Sainte-Catherine. Un homme, les deux mains tendues vers le ciel, chuchote pour lui-même et pour personne : « Dieu… Merci. Nous vous payons! » 
Place Simon-Valois, il y a presque un an, jour pour jour. La famille s’est rassemblée à Montréal pour célébrer mon vingt-quatrième anniversaire. Ma petite loutre d’Amérique a tout juste trois semaines. Elle regarde les réverbères, les yeux étincelants.
Son paysage originel ne sera pas celui de la Lièvre ni celui de l’Outaouais. Son eau scintillante sera celle de la rue Ontario.
Avenue du Président-Kennedy, près de la Mission St. Michael’s. Un type chante, mi-blues, mi-screamo, ses ruptures synaptiques : « Praise the Lord! Pass the ammunition! … He said, looking at his children with crazy eyes : ‘‘Don’t stare at him! Don’t stare at me! Don’t stare at Timmy doodling in the stairs!’’ … What the fuck, Eric? Fuckity fuck! … How you doin’, miss? »
Au coin de Rouen et Nicolet, un type en pantoufles rouges traîne péniblement son corps chétif. Dans sa main gauche, tournoyant sur lui-même, un sac de pain Bon matin. 
- Il écrit sobrement son quartier, tu trouves pas?
- Tu as tout faux.
- …
- Quand il marche, il a la rature ivre.
22 août. Il fait froid ce matin. Je retire les chapeaux, chandails et sacs qui ont recouvert mon veston noir endormi sur un crochet depuis avril. Un stylo – en plus d’une facture de l’Université de l’an passé – attend déjà mes Rhodia dans la poche intérieure gauche. Autour du col, quelques pellicules, deux cheveux – mes poussières.
En remontant Bourbonnière, un des ex-voisins de Victoria est couché dans le cadre de sa porte principale, oreiller en prime. Son chien lui lèche la nuque. Aujourd’hui, je vais marcher une ville brisée et, pourtant, la fraîcheur qui me court subtilement sous le manteau me dicte tout autre chose. Hoche’élague, c’est mon quartier ou, plus justement, le quartier que j’ai choisi. Aujourd’hui, il ne prend pas des allures de patchwork, mais celles d’un souffle enveloppant et uniforme. 
Avant de mettre le pied dans le wagon de métro, station Joliette, je prends le temps de refaire la boucle des lacets de mon soulier droit. Je sors de ce wagon des heures plus tard. J’ai glissé sous les coutures de la ville.
Dans la rue, des adolescentes se racontent des secrets qu’on suppose sans importance. Une brigadière fait les cent pas sur une craque de trottoir. « Il est peut-être quatre heures de l’après-midi / pour certains mais rien pour d’autres. » (Marcel Labine, Le Pas gagné). Dans l’herbe laquée de soleil du parc Lalancette, deux corps se rencontrent du bout des lèvres. 
- Que faites-vous, Pharaon?, que je lui demande, alors qu’il contemple le ciel, couché sur un trottoir égayé d’un jeu de marelle.
- Je vous dirai simplement, jeune homme, que je marche un dialogue de ruines heureuses.

j’ai pris l’habitude / dispersion
À l’écrit, j’ai pris l’habitude de prénommer le quartier Hoche’élague. Étienne, j’en suis heureux, a une belle consistance.
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Hoche (selon le médiadico)

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(Goder, du côté d’Antidote
)
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Ici, je hoche. Ici, je gode.
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Élaguer.


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La métaphore végétale a la vie dure, ici. On se contente du plus petit : certains ont appris à jurer par l’herbe, le rhizome.
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Ici, ni chêne, ni bouleau. Beaucoup de chaînes et peu de boulot.
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- Tu lousses, tu coupes! Il est si serré, si pogné que ça, ton quartier?
- Je le comprends de plus en plus… J’essaie simplement de lui donner un peu d’air. Je veux voir le jour à travers son veston en corduroy.
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- Quand tu prends le métro, tu te sauves de quoi?
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Dans Hochelaga, la chaussée des castors, la belle eau scintillante promise par Ontario ne me semble souvent qu’un rêve.
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Pour moi, à huit ans, alors que je trottais dans les champs aux abords de la 148 – le chemin de Montréal –, la ville devait à coup sûr sentir le foin. Force m’est de constater, aujourd’hui, que le secteur que j’habite sent le foin brûlé plus souvent qu’à son tour.
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À la table de pique-nique du Tex Mex, rue Rouen, un homme endormi par l’alcool. Il est midi trente.
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- Je ne sais pas si mon quartier a un visage…
- Qui dévisages-tu?
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Rue Sainte-Catherine. Une giclée de vomi par la porte latérale d’une Sienna. La Darling n’a pas remarqué.
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Rue Sainte-Catherine, Centre-Sud. J’entrevois un type dans une ruelle, appuyé contre un mur de briques aussi chancelant que lui. Il pisse sur ses Nike.
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- Au fond, tu sais pourquoi j’aime marcher en ville?
- Pourquoi?
- Ça me rassure d’avoir le choix de ma dispersion.


