Posts tagged with citation.
"La découverte de l’environnement peut se faire en des lieux grandioses ou anodins, même les espaces les plus accoutumés se révèlent parfois inattendus et ouvrent des chemins de sens. Toute marche, même dans le quartier voisin, provoque la surprise, rien n,est jamais donné au marcheur, il va toujours au-devant de lui-même dans l’ignorance de la provision de mémoire qu’il engrange chemin faisant. Le temps d’une connivence sensuelle, marcher c,est habiter l’instant et ne pas voir le monde au-delà de l’heure qui vient."
David Le Breton, Marcher. Éloge des chemins et de la lenteur, Métailié, coll. «Suite» Paris, 2012, p. 27.
"Être méprisé, c’est alors être situé dans l’impossibilité de faire oeuvre. L’oeuvre ne désigne pas le fonds de création déposé dans toutes les oeuvres d’art (lesquelles sont un régime d’oeuvre particulier). Elle vaut plutôt comme l’effet d’une capacité ordinaire à produire une figure dans le temps et dans l’espace, à faire surgir dans l’espace du dehors une manière de faire non totalement réglée par l’espace du dehors. Les vies ordinaires se découvrent dans cette capacité ordinaire à inventer du style. Les trajectoires créatrices qui secrètement reliées entre elles dans des jeux de ressemblance qui évoquent une allure de vie singulière. Faire oeuvre, c’est inventer, à même le genre social dans lequel on est situé, une allure de vie singulière. Cela revient à contribuer en genre humain de l’intérieur d’un genre social qui nous lie à d’autres en fonction de gestes, de tâches, d’opérations et aussi d’un style singulier qui les anime, les parcourt."
Guillaume le Blanc (2009) L’invisibilité sociale, Presses Universitaires de France, coll. «Pratiques théoriques», p. 26-27.
"Malgré l’encombrement évident (bloc-notes, crayons, carte postale, trombones) et la couche de poussière, la table de travail exerce toujours sur toi une attraction comparable à celle de la cave, du parc ou des rues désertes. Toute bête a son asile ou son abri. Toute bête, grégaire ou retirée, s’assure bien qu’un tel lieu existe toujours. On y vient pour y panser ses plaies, en admirer le luxe et parfois même pour y mourir. On peut aussi y venir sans nulle autre raison que celle imaginée d’un bonheur qui sans cesse recommence dès le premier moment où l’on entrevoit la laque, dès le premier mot."
Marcel Labine (1987) Papiers d’épidémie, Les Herbes rouges, Montréal, p. 79.
"Tu penses: «Recommencements des livres, dans l’ombre.» Sans deuil, sans autre impératif que celui d’avancer, sans stratégie, avec au creux du larynx le bruit que font les vents, au plus loin, quand rien ne finit la nuit, tu ne vois pas la nature des choses non plus que ce qui les fait se mouvoir. Ce que tu gardes du continent est sans mythologie. Ce que tu touches des couloirs et des rues, des jeux, de la marche se détache de toute intériorité, «Something is happening outside» songes-tu, ouvrant bien la bouche comme lorsque l’on bâille."
Marcel Labine (1987) Papiers d’épidémie, Les Herbes rouges, Montréal, p. 93.
"Cela ne date pas d’hier, tu le sais mais quoi qu’il en soit, avec ta jambe malade, tes sutures dénombrées, ton souffle court et ton ankylose, tu t’acharnes à repasser jour après jour, pas après pas, sur des marques que d’autres avant toi ont laissées un peu partout à l’intérieur de ton crâne. Tu n,as pas inventé la spirale non plus que la bonne vie. Tout au plus l’empruntes-tu au-dedans de ta tête de la même façon que tu te saisis, dans la ruelle, de la rampe de métal qui mène à ta chambre. Tu ne tournes pas en rond, tu grimpes, tu fouilles."
Marcel Labine (1987) Papiers d’épidémie, Les Herbes rouges, Montréal, p. 43.
"Tu ne t’étonnes plus à présent des douleurs ressenties aux extrémités. Il fut un temps où tu y voyais le signe d’une grande culpabilité. C’était l’époque où même assis, au repos tranquille et tassé - les yeux fermés tu souffrais en silence! Maintenant que tu marches dans la ville, que tu arpentes et fabriques de la géométrie, prenant des notes, marquant le temps, le rythme, le pied enfle beaucoup plus. Cela te rassure. Cela te convainc de l’utilité des rues: tu bouges, tu bouges."
Marcel Labine (1987) Papiers d’épidémie, Les Herbes rouges, Montréal, p. 29.
"[Le flâneur] peut donc, en même temps, glisser sur les surfaces de signes et se laisser capter par un moment et un visage, c’est-à-dire des figures-membranes du temps et de l’espace urbains, du temps et de l’espace des interactions."
Isaac Joseph (1984) Le Passant considérable. Essai sur la dispersion de l’espace public, Librairie des Méridiens, coll. «Sociologie des Formes», Paris, p. 43.
"L’habitude repose sur le souvenir, mais elle l’assassine."
Jean-Yves & Marc Tadié, Le sens de la mémoire, Gallimard, coll. «Folio/essais», Paris, 1999, p. 149.
"L’héroïsme, c’est d’être là, dans l’odeur des légumes qui cuisent musicalement."
Gil Jouanard, Cela seul, Fata Morgana, 2002, p. 68.
"On marche; dire que l’on avance, ce serait beaucoup exagérer. On va. Sans progresser."
Gil Jouanard, Cela seul, Fata Morgana, 2002, p. 66.
"Montréal est une ville sale, imbue de spéculateurs, d’agents doubles, dont aucun terroriste ne daigne même s’occuper. Politiquement, aucun effectif policier n’est plus harassant, dangereux et incompétent qu’en cette ville. L’Est demeure notre seul refuge culturel et nous avons strictement l’intention d’y établir un ghetto comme les Mohawks. Noblesse oblige, dans ce cas-ci la mort ne pourra venir que de la part d’«un commis voyageur» de l’escouade anti-poétique, demandez à Hubert Aquin ou peut-être à Paul Morin, premier Montréalais à avoir joui devant un Matisse empoisonné."
Denis Vanier (1991) «Un Noël au Motel Diplomate» dans Hôtel Putama. Textes croisés (Longueil-New York 1965-1990), Les Éditions de la Huit, coll. «Contemporains», Québec, p. 58.
"La connaissance tombe dans un piège lorsqu’elle part des représentations de l’espace pour étudier la ”vie” en réduisant le vécu. La connexion entre les représentations élaborées de l’espace et les espaces de représentation (avec leurs supports), connexion fragmentée et incertaine, tel et l’objet de la connaissance, ”objet” qui implique-explique un sujet, celui en qui le vécu, le perçu, le conçu (le su) se rencontrent dans une pratique spatiale."
Henri Lefebvre, La Production de l’espace, 4e édition, Anthropos, Paris, 2000 [1974], p. 266-267.
"Aller signifie (doit, peut signifier): Je m’en vais savoir"
Peter Handke, Hier en chemin: carnets, novembre 1987-juillet 1990, trad. de l’allemand par Olivier Le Lay, Verdier, coll. «Der Doppelgänger», Lagrasse, 2011, p. 117.
"Comme enfant: Je ne savais pas ce que je savais; et il me faut désormais encore, sans cesse, l’éprouver à neuf"
Peter Handke, Hier en chemin: carnets, novembre 1987-juillet 1990, trad. de l’allemand par Olivier Le Lay, Verdier, coll. «Der Doppelgänger», Lagrasse, 2011, p. 110.

