[Série 7. Suite de Nouveau chemin]
Je marche de long en large sur les pastilles orange du quai, direction ouest. De l’autre côté des rails, une vingtaine de jeunes sont alignés contre les briques jaunes. Trois moniteurs à peine plus vieux qu’eux leur font subir la chanson « Ursule ». Pendant ce temps, un grand calâbre encapuchonné se dirige vers moi, interrompt sa marche en ouvrant les bras. « Ça y est, que je me dis, l’albatros s’en vient me chercher. »
Le type s’incline lentement, et lance d’une voix tonnante : « Je suis Jésus! Et je me demande pourquoi les enfants se font placer dans des garderies! » Sur l’autre quai, les jeunes sont maintenant en rang, deux par deux, et enchaînent avec « Ouisticha ». Le type en remet : « Les parents se réfugient au travail! Ont peur de leur progéniture! Les divisent dans les miniatures cases d’une grille fabulée, comme des blocs miteux épousant le quadrillage des rues! Je sais ça, moi! »
Tandis que les jeunes s’engouffrent dans les wagons, le calâbre se pousse en trottinant jusqu’au bout du quai – en questionnant les bancs au passage, en flattant un téléphone public. Le train est entré à vitesse réduite dans la station. J’entends la voix du Jésus de Joliette qui s’élève par-dessus les gargouillements de métal et de caoutchouc : « Emmène-moi au deuxième sous-sol! Sans détour! »
Les portes s’ouvrent. Deux adolescents enlacés, branchés sur leur iPod respectif, parlaient en empruntant les motifs de l’habitude. – On arrive bientôt à Montmorency. – Oui… Angrignon, c’est plus très loin, maintenant… Et si on loupe notre station, il suffit de ne pas descendre de ce wagon.

