"[L]a vie dans son élan sans cesse répété n’est pas essentiellement un souci de soi, par où le monde apparaîtrait comme ce qui vient apaiser cette préoccupation en lui fournissant de quoi la satisfaire, elle est également un souci du monde, souci de ce qui ne peut être ramené à un simple besoin, à une privation interne à la vie. Je ne me soucie pas du monde au sens où le monde est ce qui va permettre d’apaiser ce souci, mais je me soucie du monde au sens où je me fais du souci pour le monde, où le monde est pour moi quelque chose qui m’intrigue et me préoccupe. […] Nous nommerons ce souci du monde, qui ne peut être réduit à la simple privation de besoin et de sa quête de satisfaction, inquiétude. De notre point de vue donc, l’inquiétude n,est pas autre chose que cette dynamique primordiale de l’existence humaine qui, sans pouvoir se retenir en soi (selon le mode idéal mais irréalisable du rester-auprès-de-soi de l’identité), s’ouvre en permanence à ce qui la dépasse. Dans l’inquiétude, le monde se révèle originellement à nous sous un tout autre aspect que celui de l’environnement vital qui concourt à la satisfaction des besoins."
Bruce Bégout, La découverte du quotidien, Éditions Allia, Paris, 2005, p. 100-101.