"La surface comme lieu du sens, c’est très précisément l’expérience anthropologique du flâneur. Virginia Woolf et Georg Simmel définissent le flâneur par l’atrophie du sens de l’orientation et l’hypertrophie de l’œil. Le flâneur appartient à la littérature radiaire, plus que linéaire, celle qui est capable de décrire en même temps ‘‘les éblouissements de l’air extérieur et les ondes qui se suivent dans les coins sombres et oubliés’’."
Isaac Joseph, Le passant considérable. Essai sur la dispersion dans l’espace public, coll. «Sociologie des Formes», Paris, Librairie des Méridiens, 1984, p. 43. Les mots cités renvoient aux propos de Quentin Bell, à propos de Mrs. Dalloway, dans Virginia Woolf, t. 2, Ed. Stock, p. 171.
Les pensées dans le yogourt, 2012.

Les pensées dans le yogourt, 2012.

Attente sur escalier roulant, 2012.

Attente sur escalier roulant, 2012.

Toiles de ruelle, 2012

Toiles de ruelle, 2012

Life in a Pod XXXI, 2012.

Life in a Pod XXXI, 2012.

«Suis pas une enveloppe… Ouvre-moi la porte…», 2012.

«Suis pas une enveloppe… Ouvre-moi la porte…», 2012.

Paper face, 2012.

Paper face, 2012.

Life in a Pod XXX / Princess, 2012.

Life in a Pod XXX / Princess, 2012.

Life in a Pod XXIX, 2012.

Life in a Pod XXIX, 2012.

L’attente en bretelles, 2012.

L’attente en bretelles, 2012.

P’tit gars / HiMa

[Série 7. Suite de Nouvau territoire; nouveaux personnages]

Le premier nom que je lui ai donné, c’est P’tit gars. P’tit gars est un voisin de ruelle que je vois chaque fois que je fais griller quelque chose sur le barbecue. Du haut de ses six ans, il ne parle par beaucoup, mais il crie fort. Toujours la même chose avec insistance : « Allô! Allô! » Au départ, cela avait quelque chose de sympathique. Après un certain temps, toutefois, les cris ne lui suffisaient plus. Il s’est mis à nous tirer dessus avec force variations sur le «pow»: «Allô! Pow! Pow! Pa-Paw! Pa-Paw!» Avec le temps, je me suis contenté de lui sourire en brandissant ma spatule après avoir retourné pavés de saumon du Pacifique et boulettes de veau.

*

Des fois, P’tit gars dessine avec des feutres Crayola lavables sur la fenêtre patio qui donne sur la galerie. Cela se limite souvent à une grille de tic-tac-toc : deux traits horizontaux, puis deux verticaux. Pendant ce temps, le père joue à StarCraft : à l’écran, une bouillie de Terrans, de Zergs et de Protoss. Depuis quelques jours, il multiplie les lignes qui forment son jeu : dans les cases, il ne trace que des «X» irréguliers.

*

Un jour, en mettant le nez dehors – tilapia en papillote au menu – P’tit gars s’est remis aux «Allô! Allô!», tant et si bien qu’à force de répétition le tout sonnait à mon oreille comme Cobain dans le refrain de Smells Like Teen Spirit: «Hello, hello, hello, how low?» Après dix minutes, sans que les cordes vocales ne lui dérougissent, il est entré dans l’appartement pour en ressortir avec une immense fusée de papier dans les mains. Je suis devenu sa cible. Je suis disparu dans une série interminable de rires juvéniles et de «pow-how-low-pow-pa-paw-pause!» En rentrant dans l’appartement, j’ai déclaré à la Darling: «On est en plein Hiroshima-Maisonneuve.»

Il y a certains matins où P’tit gars est assis en tailleur sur la galerie. Il trace des formes irrégulières dans sa main gauche tandis que sa mère efface les dix, douze, vingt lignes qui tissent sa grille de jeu sur la fenêtre.

Le petit monde sous le colimaçon, 2012.

Le petit monde sous le colimaçon, 2012.

Dormeur en chemise, 2012.

Dormeur en chemise, 2012.

La ville d’Hochelaga / Délibère et avance (zone de démolition), 2012.

La ville d’Hochelaga / Délibère et avance (zone de démolition), 2012.

Steel Rider, 2012.

Steel Rider, 2012.